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SUR LES RAILS DE

L'HISTOIRE

Rails & histoire, l'Association pour l'histoire des chemins de fer vous propose de plonger dans l'histoire des chemins de fer au travers de nombreux domaines (législatifs, techniques, commerciaux etc...).Ces thèmes et dossiers seront amenés à évoluer au fil du temps : regroupements ou nouvelles déclinaisons pour les premiers, enrichissements pour les seconds.

Le Musée des transports de Pithiviers souffle ses 50 bougies

Né en 1966 à l’initiative de deux associations d’amateurs – la FACS et l’AMTUIR – sensibilisées à la disparition rapide des lignes de chemin de fer secondaires et de tramways, le « musée vivant » de Pithiviers est le premier exemple en France du sauvetage et de l’exploitation touristique d’une ancienne ligne d’intérêt local. Retour sur les prémices de sa création et les résultats de sa première année d’exploitation.


Fin novembre 1964, tandis que l’AMTUIR (Association pour le musée des transports urbains, interurbains et ruraux fondée en 1957) est confrontée aux incertitudes qui pèsent sur le déménagement de ses collections réunies pour l’heure dans le dépôt RATP de Malakoff (1), la nouvelle tombe de la fermeture brutale, fixée au 31 décembre, du Tramway de Pithiviers à Toury (TPT), dernière ligne à voie de 0,60 m encore en activité en France. Toujours exploité en traction vapeur pour le trafic des betteraves, le réseau est la victime de la décision des sociétés sucrières de Pithiviers-le- Bel et de Toury (qui lui apportaient 95 % de ses recettes) de recourir désormais à la route, victime aussi de la vétusté de ses infrastructures et de ses matériels roulants.


L’émoi est tout aussi grand à la FACS (Fédération des amis des chemins de fer secondaires, également créée en 1957) qui, inspirée par son président, René Hulot, se préoccupe de sauver quelques-uns des matériels les plus représentatifs du réseau. Mais se pose d’emblée la question de leur point de chute, la FACS ne disposant pas de structures propres pouvant les abriter. Contact est donc pris avec l’AMTUIR qui, par le passé, avait déjà accepté d’accueillir plusieurs de ces pièces à Malakoff. La démarche était d’autant plus aisée que Hulot figurait aussi au nombre des administrateurs de l’AMTUIR.


La position de l’AMTUIR, alors présidée par Jean Robert, est délicate. Déjà à l’étroit à Malakoff, et sous la menace d’une mesure d’expulsion, elle doute de pouvoir donner satisfaction à la FACS. Hulot émet alors l’idée, aussitôt partagée par Robert, d’occuper l’ancien dépôt TPT de Pithiviers et d’y organiser un « musée vivant » qui exploiterait dans un but touristique une petite partie de l’ancien réseau. La FACS y trouverait la solution à son problème, et l’AMTUIR la possibilité de délocaliser une partie de ses collections en dépit de l’éloignement de Paris (80 km) et d’une desserte insuffisante par la SNCF.


Hulot approche sans plus attendre les autorités du département du Loiret sous le couvert de l’AMTUIR, ainsi qu’il s’en explique le 20 février 1965 à l’occasion de l’assemblée générale de la FACS : « Quelques demandes de cession de matériel sont faite au nom de l’AMTUIR, la raison est qu’il est plus logique de demander des Administrations et des Départements la cession d’un matériel historique, au nom d’un musée, qu’au nom d’une association d’amateurs. La FACS participe, bien entendu, soit financièrement, soit matériellement, à ces travaux de sauvetage. »


Le choix initial de la FACS portait sur neuf matériels : - la 030T n° 3-5, acquise en 1924, construite en 1902 par les Ateliers du Nord de la France à Blanc-Misseron pour le compte du tramway de Paramé à Rhoténeuf (ex-n° 4 Le Minihic) ; - la 040T n° 4-12 construite par la Société Franco-Belge à Raismes en 1944 ; - une 020 + 020T acquise en 1917, construite par Köppel en 1905 (en dépôt à Belfort) ; - l’automotrice pétroléo-électrique AT 1 construite par la maison Crochat en 1922 ; - deux wagons à essieux Decauville ; - trois wagons à bogies type Pershing.


Lors de sa séance d’avril 1965, le conseil général du Loiret donne son accord à la cession à l’AMTUIR, moyennant le paiement du franc symbolique, des deux locomotives 030T et 040T, de l’automotrice Crochat et de deux fourgons (un à essieux et un à bogies). À ces premiers locataires du musée, il faut adjoindre la 030T Decauville de 1928 qui, rachetée par M. Baroudel sur ses propres deniers à la sucrerie de Toury, y a également trouvé refuge. En réponse à des demandes de la FACS, la direction du TPT accepte de programmer, pour le samedi 22 mai, la circulation d’un train d’adieu sur le parcours Pithiviers-Bazoches. Le jour dit, 130 personnes, pour la plupart affiliées à la FACS et à l’AMTUIR, prennent place à bord du convoi tiré par la locomotive 040 n° 4-12 et composé de trois fourgons et de l’automotrice Crochat. Un après-midi de fête ponctué par un discours de Hulot qui en profite pour évoquer la mémoire de Pierre- Armand Thiébaut, membre de la FACS et conseiller général du Loiret, décédé subitement trois jours auparavant, qui avait souscrit immédiatement au projet et appuyé énergiquement les démarches de l’AMTUIR. Les négociations pour une installation à Pithiviers se poursuivent. Elles sont d’autant plus délicates qu’elles impliquent trois interlocuteurs : la SNCF, propriétaire des terrains ; le département, propriétaire des bâtiments et du matériel ; le service local des Ponts et Chaussées, responsable de la voie.

Train inaugural du 23 avril 1966 revenant de l'Orme à Pithiviers. En tête, la Blanc-Misseron remorquant l'automotrice Crochat. Photo Dahlstrom / FACS.

Les statuts de l’AMTUIR ne lui permettant pas d’exploiter une ligne de chemin de fer, une nouvelle association est créée le 1er janvier 1966, l’AMTP (Association des amis du Musée des transports de Pithiviers) (2). Sa présidence échoit temporairement à Hulot, secondé par Maurice Geiger en qualité de trésorier. La finalité de la nouvelle association est de venir épauler l’AMTUIR pratiquement (bénévoles) et financièrement (cotisations, recettes). L’AMTUIR reste propriétaire du matériel, qu’elle confie à l’AMTP, à charge pour celle-ci d’en assurer l’entretien et de l’utiliser, soit comme élément d’exposition, soit comme matériel d’exploitation.


La négociation touche à son terme au printemps 1966. Le service des Ponts et Chaussées accepte la cession de 3,2 km de voie (en accotement de la D 22 de Pithiviers à Ormes), la SNCF consent en avril la location d’une partie des terrains sur lesquels s’élèvent le dépôt et ses annexes destinés à abriter le musée et le matériel réservé à l’exploitation future. L’essentiel de l’autre partie (quai des voyageurs, halle et quai marchandises) est attribué à un industriel local pour la construction d’un silo avec embranchement sur les voies SNCF, le surplus étant laissé à la disposition du service des Ponts et Chaussées.


L’AMTUIR hérite donc principalement des bâtiments occupés jusqu’alors par l’entretien des wagons d’une part, le dépôt et les ateliers de l’autre. Construits dans le prolongement l’un de l’autre, les deux bâtiments sont séparés par un troisième local utilisé comme remise et magasins. L’ancien entretien des wagons comporte trois voies dont une de 20 m et deux de 30 m. Il est appelé à recevoir le matériel d’exposition. Le second bâtiment, plus grand, se compose de trois travées contigües d’une quinzaine de mètres de long abritant sept voies parallèles (trois dans chacune des deux travées latérales, une dans la travée centrale) ; certaines de ces voies sont posées sur fosse. Il est logiquement affecté au matériel de l’exploitation future ; il sera interdit au public.


L’aménagement des lieux précède de plusieurs semaines la signature des documents d’attribution officiels. Dès le mois de février, une équipe de volontaires s’attèle à la tâche durant les week-ends, puis, à partir du mois d’avril, presque chaque jour en vue de la journée inaugurale, fixée de longue date au samedi 23 avril, fête patronale de Pithiviers et retenue comme ouverture de la saison. La priorité est donnée à l’agencement dans le hall d’entrée de l’entretien des wagons de panneaux de photos retraçant l’évolution des transports parisiens et des principaux réseaux de chemins de fer secondaires, et à la pose de voies nouvelles en remplacement de celles tombées dans l’escarcelle de l’entreprise voisine. L’entretien des 3 km de voie en bordure de route, en particulier le désherbage de la plateforme, est aussi à l’ordre du jour.


Le gros des efforts porte sur le matériel qui a trouvé refuge au dépôt. Deux machines sont en première ligne : la 030T Blanc-Misseron (allumée le 27 février) et la 030T Decauville (allumée le 12 mars). Révisées et entièrement repeintes, elles sont réceptionnées par les Mines en avril. Arrivant à chute de timbre, la 040T Franco-Belge est garée pour l’année. Démarrée le 12 février, l’automotrice Crochat est remise à neuf avec peinture et vernissage extérieur et intérieur. Deux wagons à bogies sont transformés en baladeuses ouvertes type Royan, livrées le 9 avril.


L’inauguration du musée a lieu comme prévu le samedi 23 avril 1966 après-midi. Les personnalités locales sont accueillies par Hulot (AMTP) et Robert (AMTUIR). Après la visite de l’exposition photographique, les participants prennent place à bord du « train historique » formé de la 030T Blanc-Misseron, des deux baladeuses (80 places) et d’un fourgon. L’autorail Crochat (29 places dont 12 assises) suit le train officiel à distance. La 030T Decauville maintenue sous pression à Pithiviers est prête à intervenir en cas de nécessité. Sur tout le parcours, le train est convoyé par l’autobus Citroën C6G1 de Lourdes et l’autobus à impériale de Londres venus tout exprès le matin de Malakoff. Plusieurs automobiles anciennes conduites par des sympathisants du musée achèvent de créer sur la route une vive animation. Un vin d’honneur est servi à Ormes, le terminus.


L’exploitation commence aussitôt après le retour des invités à Pithiviers et se poursuit jusqu’au soir. Elle reprend le lendemain, marquant ainsi le lancement officiel de la saison. L’autobus de Londres regagne Malakoff, à l’inverse de celui de Lourdes qui demeure sur place comme pièce historique.


Des circulations (de 4 ou 5 allers et retours) sont assurées chaque dimanche après-midi jusqu’au 2 octobre. La rame est tractée par l’une ou l’autre des deux locomotives disponibles. Les départs se succèdent toutes les 40 minutes, le temps nécessaire pour effectuer l’aller et retour et la manoeuvre à chaque terminus. Pour améliorer la fréquence, l’autorail Crochat est régulièrement mis en marche, expédié au départ de Pithiviers dix minutes après le train. Au retour, ne comportant qu’un seul poste de conduite, il est attelé à la queue du même train comme simple remorque.


Parallèlement, les bénévoles poursuivent les travaux de l’aménagement de l’ancien entretien des wagons destiné aux véhicules historiques. Premier constat, la surface utile et la hauteur sous plafond de 3,80 m ne permettent d’accueillir qu’une quinzaine de véhicules à petit gabarit. Deuxième constat, l’unanimité sur les matériels à exposer n’est toujours pas acquise. La logique voudrait que la priorité soit donnée aux chemins de fer secondaires. Mais certains pensent qu’il serait regrettable de séparer complètement les transports urbains et suburbains, de laisser les premiers à Malakoff et d’installer les seconds à Pithiviers. C’est ce courant qui finit par l’emporter et la décision est prise d’affecter aux transports urbains la majeure partie du bâtiment d’exposition. Le premier locataire est l’autobus Citroën C6G1 de Lourdes, venu pour l’inauguration. Il est suivi le 14 juillet de la motrice 551 à voie normale des tramways urbains de Lille (3) et le 3 décembre de la voiture salon du POC (Corrèze) à voie métrique rachetée par la FACS et remise à neuf par la SNCF. Sont attendus un trolleybus Vetra CS 35 de Poitiers, réformé en 1965 et sur lequel l’AMTUIR a pris une option ; la motrice 185 à voie métrique de 1931 des tramways de Strasbourg et l’automotrice De Dion Bouton type JM de 1932 en provenance des Côtes du Nord, toutes deux stationnées pour l’heure à Malakoff ; une remorque parisienne d’Hagondange offerte à l’AMTUIR en 1965 mais non encore enlevée. Côté traction, le parc est renforcé par la réception, le 2 juillet, d’une 130T construite par les ateliers belges de la Meuse (Liège) en 1938 et, le 24 septembre, d’une 030 T construite par la Société métallurgique du Hainaut en 1910 ; le 1er octobre, d’un locotracteur Diesel construit par la firme Gmeinder en 1944. Après essais, ce dernier est le seul reconnu apte à un service immédiat (manoeuvres).


(1)- La menace est momentanément écartée en 1966. Le déménagement à Saint-Mandé n’intervient qu’en 1973 pour une réouverture au public le 9 mai 1976.

(2)- Au printemps 1967, « Association pour le musée des transports de Pithiviers » et, à l’été 1967, « Association du musée des transports de Pithiviers », qui conserve le sigle AMTP.

(3)- Construite en 1905, conservée comme motrice de travaux, elle est offerte à l’AMTUIR par la Compagnie générale industrielle de transports (CGIT) après la fermeture de sa dernière ligne le 29 janvier 1966.


Le 5 novembre 1966 se tient la première assemblée générale de l’AMTP. L’occasion de dresser le bilan de cette première année d’exploitation. L’association compte 182 membres, dont 27 bienfaiteurs. Les cotisations s’élèvent à 6 905 F et les recettes du musée à 9 880,10 F. Le site a accueilli 4 718 visiteurs (davantage que Malakoff avec ses 3 026 entrées), ce qui donne une moyenne de 148 visiteurs par jour d’ouverture. Le coefficient d’exploitation des trains est de 38 %, ce qui n’incite pas de mettre en route deux trains. La 030T Blanc-Misseron a parcouru 636 km, la 030T Decauville 368 km, l’automotrice Cro-chat 514 km en traction autonome et 412 km en remorque. Suit l’élection des candidats au conseil d’administration, sachant que les présidents de l’AMTUIR (Robert) et de l’AMTP (Hulot) sont membres de droit. Sont plébiscités Maurice Geiger, René Tetart, Edmond Duclos et Jacques Claveau. Les administrateurs désignent à leur tour Tetart comme président et Hulot comme vice-président.


Nous arrêtons ici notre incursion dans le passé, non sans signaler toutefois l’inauguration, le 18 mai 1969, du prolongement de la ligne depuis Ormes (arrêt en bordure de route) jusqu’au nouveau terminus de Bellébat (km 3,820), dans un terrain militaire. Notons enfin, qu’en mai 2013, dans le cadre de la rationalisation de ses collections, l’AMTUIR a cédé à l’AMTP, sans contrepartie financière, dix de ses matériels présents à Pithiviers : les locomotives Blanc-Misseron de 1922 et Franco- Belge de 1944, l’automotrice pétroléo-électrique Crochat de 1922, les deux motrices des tramways de Lille à voie normale et de Strasbourg à voie métrique de 1905 et 1931, deux fourgons et trois wagons. Les liens entre la FACS, l’AMTUIR et l’AMTP n’en demeurent pas moins très étroits.


« 1966 - 2016 : 50e anniversaire du Chemin de Fer Touristique de Pithiviers »


Forte de l’expérience d’événements passés, telle la célébration du centenaire des tramways du Loiret en 1992, l’association AMTP organisera une grande fête les 10, 11 et 12 juin 2016. Un pré-programme a été établi, qui comprend :

• la circulation sur la ligne de quatre locomotives à vapeur du réseau auxquelles viendront s’ajouter une locomotive du Frankfurter Museum et une du Chemin de fer de Rillé (37) et un autorail à voie de 0,60 m ;

• des animations de réseaux à vapeur vive ;

• des expositions de modélisme ferroviaire ;

• la présentation d’une exposition photo et d’un film rétrospectif ;

• l’association à un marché du terroir ;

• l’émission d’un timbre commémoratif ;

• la mise en circulation d’un train costumé le vendredi 10 juin au soir ;

• la mise en circulation d’un train de nuit le samedi 11 juin au soir ;

• le tirage d’un feu d’artifice le samedi 11 juin au soir. Deux événements connexes devraient permettre de donner un rayonnement particulier à la fête :

• la venue de trains spéciaux à vapeur depuis Orléans (la voir unique Les Aubrais-Pithiviers a été récemment rénovée pour le fret) notamment avec le Chemin de Fer Touristique Limousin-Périgord (locomotive 140 C 38), le Train Thur Doller Alsace (Mallet) et le Pacific Vapeur Club (141 TB 24), avec peut-être l’organisation de navettes vapeur ;

• l’organisation du 4e Salon du Tourisme ferroviaire de l’UNECTO qui se déroulera sur le site du Terminus de Bellébat. Les projets de l’AMTP pour les années à venir :

• aménagement de l’accès aux trains pour les personnes à mobilité réduite (déjà réalisé au Musée) ;

• modernisation des conditions de visite du musée ;

• rénovation de la voie par le Conseil départemental, son propriétaire ;

• remise en service des locomotives 4-12 Franco-Belge (en 2016), Schneider n° 2 (en 2017) et 3-5 Blanc-Misseron (en 2018) ;

• projet de remise en service de la 131 Cook-Alco 3-22 ;

• projet de mise en place d’un circuit de vapeur vive au Terminus de Bellebat ;

• projet d’installation d’une plaque tournante dans la gare de Pithiviers-Musée. Par ailleurs, l’autorail Crochat AT1 participera cette année à la Fête de la Vapeur en Baie de Somme (15-16-17 avril 2016) et au centenaire de la ligne et 45e anniversaire du P’tit train de la Haute Somme (5-8 mai 2016).


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